Lanterne tous azimuth de Léonard de Vinci

L'éditorial du Réseau
Intelligence de la Complexité
(Janvier - Mars 2018)

 

 

" Agir et penser en complexité appelle la raison ouverte et ouvrante 

par Philippe Fleurance

« Travaillons donc à bien penser »  pour « Conduire la raison dans les affaires humaines »

  

Qu’y a-t-il de si nouveau à penser qui nécessite d’enrichir et de renouveler nos manières de penser ? Nous vivons une période de transition majeure, « fulgurante » d'un ancien monde vers un monde nouveau (les big datas, l’intelligence artificielle, les algorithmes, la singularité, …) qui interroge la nature de la relation que l’on établit entre la réalité empirique et les outils et raisonnements pour la rendre intelligible. La réponse à ce questionnement n’est pas paramétrique et incrémentale (plus de … moins de … venant conforter l’hypothèse ontologique d’un existant structuré « déjà là ») : c’est la manière de penser/agir en tant que tel qui se trouve remis en question en forçant à revoir sur le fond, ses attendus.

 

            « La rationalité close est un type de rationalité qui n'obéit qu'à la logique classique et ignore ou nie ce qui  l'excède »[1]

 


 « Quand une mesure devient un objectif, elle cesse d’être une mesure » : Cathy O'Neil  dans son ouvrage « Weapons of Math Destruction »à l’aide d’exemples particulièrement bien choisis nous rappelle  que la construction d’un « bon » modèle ne doit pas se faire seulement sur des critères statistiques, mais doit aussi tenir compte d’aspects éthiques[2] ceux de toute « Science avec conscience »(1982-1990). Les modèles mathématiques valorisant la seule rationalité cartésienne sont-ils alors des modèles à suivre ?

 

Domaine d’argumentation épistémique : Il semble nécessaire de s’interroger sur les régimes de rationalité qui nous organisent dans le cadre de référence conventionnel (i.e. pour faire rapide « positiviste ») afin de les reconsidérer et prendre acte des limites de la connaissance dans nos schémas épistémiques[3].

 

            « La rationalité ouverte est une manière de penser rationnelle qui reconnaît les limites de la raison, affronte les contradictions, et qui est ouverte sur ce qui est réputé irrationnel ou a-rationnel. »[4]

 

Domaine d’argumentation pragmatique :« Le complexe n’est pas du simple plus compliqué » : essayer de réduire au simple ce qui ne l’est pas, constitue une démarche irrationnelle aux yeux de Jocelyn Benoist et au contraire « intégrer les problèmes spécifiques soulevés par les systèmes complexes, exemplairement, ce n’est pas allé vers moins, mais vers plus de rationalité[5]».

 

Les exécutifs politiques locaux et/ou nationaux, les décideurs publics, privés, associatifs, les chefs de projets, les cadres dirigeants, mais aussi les simples citoyens sont confrontés à des incertitudes profondes : les différentes parties prenantes à une décision/action ne savent pas ou ne peuvent pas s'entendre sur la façon dont l’organisation fonctionne, sur la probabilité des divers futurs états possibles, sur l'importance de l’intérêt des différents résultats vis-à-vis des actions entreprises, sur les finalités poursuivies, …

Il s’agit alors de s’appuyer sur une pensée/agir qui puisse traiter la multidimensionnalité, la multi référentialité, la conjonction antagonisme complémentaire, la multivocité « fins - moyens » ou « structure - fonction », …  (comme nous incite E Morin dans L’Introduction à la pensée complexe, 1990) et qui permette l’explicitation des principes de conception des situations d’action collective dans lesquelles les acteurs/professionnels peuvent coopérer, communiquer, créer un rapport de confiance, de réciprocité, et contribuer à résoudre leurs questions du travailler ensemble « à fins de ».

 

Domaine d’argumentation éthique :Au-delà du paradigme de la complexité restreinte qui renvoie essentiellement la responsabilité de l’acteur au respect de la norme « méthodologique » qu’on applique (la Démonstration), le paradigme de la complexité générale implique la responsabilisation des acteurs (L’Argumentation). En effet, si le rationnel se préoccupe principalement des moyens pour atteindre une fin - et trouve en cela son auto-référente justification - qui justifie la fin ? C’est bien parce que nous sommes confrontés à des questions mal structurées, « intractable », des problèmes irréductibles/pernicieux, des injonctions paradoxales, des controverses, … que nous ne pouvons plus nous référer la rationalité « mainstream » (normes, règles, lois, … dans leur caractère « neutre », « universel » et applicatif d’exécution de procédures) que se posent des questions éthiques : « ce qui vaut » - « la solution qui convient » et non plus seulement « ce qui doit être ». Alors « ne plus séparer pragmatique épistémique et éthique ? Voilà la source de l’auto – éco- éthique[6] !

 

« Du bon usage de la raison dans les affaires humaines » : Cet intitulé, emprunté pour l’essentiel à l’ouvrage de H A Simon « Reason in Human Affairs »(1983) exprime l’intention qu’à travers une modélisation par « mise en relief » plutôt que par « mise à plat » se forme mise en scène’ du monde tel que nous le percevons aujourd’hui. Nous pouvons ainsi déployer le superbe éventail de la rationalité,  de « la rationalité close  à la  rationalité ouverte/ouvrante ». « Rencontre ouvrante » et par là appelant à une auto-éco-éthique responsabilisante

La pensée complexe … met alors en évidence l’importance décisive, des modélisations pragmatiques, des conceptions induites par des buts « projectifs »  qu’on place dans le futur mais qui façonnent les actions présentes.  Ces buts … rétroagissent sur l’action au fur et mesure que celle-ci en rapproche ou en éloigne, cependant que l’action, en se développant, modifie les buts.  Il en résulte une dynamique complexe dépendante de sa propre histoire et du contexte.

 

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[1] E Morin : Conclusion de’ l’Aventure de La Méthode’, 1955-2015, « Pour une rationalité ouverte » (p. 129)

[3] cf. ‘Sur la capacité de la raison à discerner rationalité substantive et rationalité procédurale : d’Aristote à H.A. Simon par R. Descartes et G.B. Vico’ de J-L Le Moigne)

[4] E Morin : Conclusion de ‘l’Aventure de La Méthode’, 1955-2015, « Pour une rationalité ouverte »

[6] JL Le Moigne in A C Martinet  (Dir) « Sciences du management, Epistémique, Pragmatique, Ethique »ed Vuibert, 2007.

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Edition du Seuil, mai 2015, ISBN  978 2 02 112094, 163 p

Manager dans (et avec) la complexité

Nouvelle édition augmentée
(Postface de J L Le Moigne) Ed. Eyrolles, 2017, EAN13 : 9782212565553,  420 pages

 

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